Interview de Dominique Ruin


Entre Art et Sport, Dominique Ruin fait mat à tous les coups

Fascinant, mythique, magique, le jeu d’échecs ne peut laisser de marbre. Luttes perpétuelles de pièces de la vie, combats d’un autre âge bien réels, les échecs sont universels et l’on peut s’adonner à ce combat d’idées en tout point de la planète.

Dominique Ruin est président de l’Echiquier Beauvaisien et nous accorde quelques réflexions savamment orchestrées sur notre échiquier virtuel.

1-L’Echiquier Beauvaisien en 5 dates ?

1990 est la date de naissance du club par Fernand Hucher. Le club était alors tourné vers le loisir. Il y avait quatre à cinq personnes. Puis dès les premières années nous nous sommes orientés vers la compétition, et avons constitué une équipe de quatre joueurs en Régionale.

En 2000, une équipe du club termine 3ème en National de la Coupe de la Fédération où 540 équipes étaient au rendez-vous ! La coupe fut d’ailleurs cette année pour la première fois dans le Nord puisqu’elle fut organisée dans la ville de Creil.

Mais, je n’ai pas d’autres dates emblématiques à vous donner. L’Echiquier Beauvaisien poursuit une évolution régulière depuis sa naissance. Nous comptons une cinquantaine de licenciés dont quinze jeunes, avec une fille et un garçon tous deux champions de Picardie.

2-Soyons sérieux, les échecs ne peuvent pas être considérés comme un sport, n’est-ce pas ?

C’est un sport ! C’est officiel ! Et ce fut d’ailleurs une longue lutte menée par la Fédération afin être reconnue en tant que sport. En effet, comme les autres sports nous avons des compétitions selon les mêmes dispositions (niveau départemental, régional, …) et même des Olympiades. Les échecs sont un sport universel. On joue partout aux échecs selon les mêmes règles, et nous sommes le sport le plus joué au monde après le football.

3-La montée en N3 est-elle votre plus grande satisfaction ?

C’est une réelle satisfaction, en effet, car la Nationale 3 est d’un niveau TRES élevé. Le niveau augmente constamment grâce aux logiciels informatiques, et à l’amélioration de l’encadrement. Malheureusement du fait de ce très haut niveau, nous n’avons pas réussi à nous maintenir. Cette année, en Nationale 4 nos équipes terminent 3ème et 6ème.

4-Le Fou ou le Cavalier ?

Ce sont des pièces de même valeur. Elles valent trois pions. Je n’ai pas de préférence particulière, mais je citerai quelques mots de Philidor, musicien français et joueur à l’époque de la Révolution, « Le pion est l’âme des échecs ». Il y avait même une idée de Révolution aux échecs. C’est une citation très intéressante, et très symbolique pour cette époque puisqu’aux échecs, le pion peut devenir Reine…

5-Quel serait votre vœu le plus cher pour le monde des échecs ?

Je suis comblé. C’est une question de philosophie. Certains en veulent toujours plus, mais il faut être correct. Nous sommes bien soutenus par les collectivités locales. Au niveau Picardie, Noyon évolue au très haut niveau, le Top 16, ce qui est hallucinant pour une petite ville. A Noyon se sont rendus les meilleurs joueurs du monde. Etienne Bacrot, originaire de la Somme est le 9ème joueur mondial, et la France est la 3ème nation échiquéenne du monde pour ses élites ! Les échecs sont une jeu mondialement connu et il y a une certaine attirance, quelque chose de magique envers ce sport qui peut accueillir toutes les couches sociales.

6-Kasparov ou Karpov ?

Kasparov. Il a un jeu beaucoup plus agressif, plus brillant que Karpov qui était plus réservé. Kasparov a fait beaucoup pour la renommée des échecs, tout comme Fischer d’ailleurs.

7-Faîtes-moi part de votre première expérience devant un échiquier ?

J’avais une douzaine d’années. Un garçon, en vacances pas très loin de chez moi, m’avait initié. Je me suis rendu par la suite l’Echiquier Albertaire, le club d’échecs de la ville d’Albert dans la Somme.

8-Un mot, un seul pour définir Beauvais ?

Richesse : culturelle. Beauvais dispose d’une magnifique médiathèque, de nombreux festivals, le musée départemental est dynamique, il y a beaucoup d’associations sportives, culturelles, humanitaires …

9-Etes-vous un adepte du web ?

Cela fait parti de mes préoccupations mais je ne suis pas un adepte même si je trouve internet indispensable. Je l’utilise un peu dans mon travail ainsi que dans mes loisirs où je consulte le site Picardie en ligne.
Actuellement, beaucoup de joueurs d’échecs sont pratiquent l’informatique. On peut faire des parties sur le web et regarder en regarder également. Cependant, je regrette que le coût de l’équipement et de l’accès soient encore trop élevés.

10-Quel est le mot ou la citation qui vous hante constamment ?

Tous, frêle roi, oblique fou, ou bien reine
Opiniâtre, tour verticale et pions madrés,
Sur le parcours en noir et blanc de leur chemin
Recherchent et livrent une bataille rangée.
Ils ne savent pas que la singulière main
Du joueur qui les tient gouverne leur destin,
Ils ne savent pas qu’une rigueur de diamant
Asservit leur vouloir mais aussi leur parcours.
Le joueur, à son tour, se trouve prisonnier
(D’Omar est la sentence) d’un tout autre échiquier
Bâti de noires nuits et de blanches journées.
Dieu pousse le joueur et le joueur la pièce.
Quel dieu, derrière Dieu, débute cette trame
De poussière et de temps, de rêve et d’agonies ?

Jorge Luis Borges, « Échecs »

Un abîme de perspectives, n’est-ce pas ?

11-A quel âge peut-on commencer à pratiquer les échecs ?

A partir de 6 ans. Le jeu existe même en maternelle.

12-Quels sont les objectifs de l’échiquier beauvaisien pour les années à venir ?

la remontée en Nationale 3
un titre national en Coupe 2000 (ELO)
recruter un salarié (encadrement, cours, …), ce qui permettrait au club de grandir et de répondre à une importante demande

13-On conseille souvent la pratique des sports de combat aux enfants posant des problèmes de comportement afin d’apprendre à canaliser leur énergie. Aussi, la pratique des échecs peut-elle convenir à des personnes au caractère impulsif ?

Des expériences ont été tenté dans les écoles et les résultats sont impressionnants puisque les enfants parviennent à être très attentifs durant le jeu. Au club nous avons réalisé par exemple une initiation aux échecs pour un collégien réputé difficile du quartier Argentine et s’est avéré très positif. C’est assez étonnant.

14-Auriez-vous pu pratiquer un sport où l’on transpire à grosses gouttes ?

Bien sûr. J’ai pratiqué le judo, le tennis et un peu de natation. L’idéal serait d’allier l’effort mental et physique.

15-Quel est votre peintre préféré ?

Van Gogh : La nuit étoilée, et Le champ de blé aux corbeaux.

16-C’est quoi selon vous une partie d’échec réussie ?

C’est tout d’abord une partie où l’on s’est bien amusé. Ce n’est pas forcément une partie gagnée. Une belle partie est une partie où il y a eu des idées de part et d’autre. Il faut qu’il y ait eu une lutte des idées, une lutte originale, une éclosion d’idées.

17-Quelle est la question que vous n’auriez pas aimé que je vous pose ?

Merci de ne pas l’avoir posé !

18-Quelle est la chose que vous appréciez le plus à Beauvais ?

L’offre culturelle de la médiathèque.

19-Je suis également enseignant à l’école élémentaire Auriez-vous des ouvrages à me conseiller afin d’initier au mieux mes élèves aux échecs ?

« A toi de jouer », « A toi de gagner », « A toi de mater », de Patrick Gonneau. Vous pouvez trouver ces ouvrages au C.D.D.P. De Beauvais.

20-Par quoi souhaiteriez-vous terminer cet E-terview ?

En espérant vous voir vous et les personnes qui liront cet entretien à l’Echiquier Beauvaisien !